La saison de voile se termine déjà mais certains membres ont décidé de
continuer à proposer des activités pendant la saison morte du club.
Nous vous soumettons cette première proposition. Si vous êtes intéressés par
celle-ci, faites-vous connaitre pour que nous puissions préparer et programmer
un stage de fabrication de votre propre pop-pop.
Vous trouverez ci-dessous quelques infos sur ce drôle de petit bateau.
Pop-pop ? Quel drôle de nom ! (Pourquoi pas libellule ou papillon ?)
Un son bref et redondant, qui évoque pêle-mêle un type de musique ou un terme d’informatique, uncuré grec ou un bruit de bouchon...
Précisons qu’il se traduit et se décline, selon la langue
utilisée, en putt-putt, toc-toc, puf-puf, pop-pop boat ou
pop-pop maru...
Car il s’agit bien d’un bateau, ou plus précisément d’un
type de moteur de bateau. Mais pas de n’importe quel
navire, d’un bateau-modèle, de taille variable mais tou-
jours réduite, souvent en tôle recyclée. Et pas de
n’importe quel moteur, d’une chaudière pulsante à vapo-
risation instantanée, c’est-à-dire d’un moteur à vapeur
aussi simple que son nom est curieux.
L’engin comprend un circuit fait de 2 petits tuyaux qui sortent d’une chaudière plate, et aboutissent à l’arrière de la coque sous la ligne de flottaison. On remplit les tuyaux
d’eau, on pose le bateau sur la mare, on allume une petite bougie que l’on
place sous la chaudière dans le bateau.
Quelques secondes d’attente dubitative, un peu de fumée qui s’échappe,
une série de bizarres gargouillis, de timides tentatives toussoteuses, et
voici soudain le moteur qui démarre ! Et le bateau qui avance par petites
secousses, en émettant un son étonnant : « pop, pop, pop», le bruit du
pop-pop ! J’étais ébahi, intrigué, bluffé même, par cette découverte.
Un peu d’histoire .....
Le pop-pop, très populaire en Europe Occidentale dans l’entre-deux guerres (en France les modèles Racer et Raceret furent vendus à large échelle), avait vu ultérieurement sa fabrication glisser vers l’Inde, le Pakistan, la Chine, le Japon, l’Indonésie, le Mexique.... Mondialisation avant l’heure, le pop-pop nous réservait bien des surprises !
Nous retrouvons la trace des premiers brevets, celui de Piot à la fin du XIXème (dont John Gwynn
établit que l’épouse, française, avait été sans conteste possible, couturière à la cour britannique, ce
qui n’est pas rien), puis celui de Mc Hugues (qui est le vrai père du « pop-pop » puisque son moteur émet le bruit caractéristique, contrairement au modèle Piot où la propulsion est silencieuse).
Lors de l’ouverture de la Droguerie de Marine au printemps 1992,
une démonstration de bateaux pop-pop avait retenu l’attention de
journalistes, dont Bernard Rubinstein, qui en avait parlé à l’équipe
de Thalassa. Les bateaux pop-pops furent alors propulsés sur le
devant de la scène par un reportage qui fit exploser leur notoriété
en mettant le feu aux poudres, ou plus exactement aux bougies.
Une association fut créée par trois compères, l’Association des
Amateurs de Moteurs Pop-Pop (A.A.M.P.P., qui rappelait singu-
lièrement à certains la fameuse A.A.M.M. du Musée de la Marine). Celle-ci se retrouva en l’espace
de quelques mois à devoir gérer 300 adhérents originaires de tout l’hexagone, mais aussi de Suisseet de Belgique, tous à jour de cotisation, et d’une revue, « Pop-pop Magazine » qui connut 3 livraisons !
Les autres chaînes télévisées, les radios, la presse écrite, s’emparèrent du sujet tout au long
des années 90 et 2000. Vu le succès l’association n’arrêtait plus de répondre aux courriers, et elle
dû mettre un terme au fonctionnement de l’AAMPP.
Pendant ce temps, à l’endroit précis de la carte où se situe le fameux village d’irréductibles Gaulois,
à savoir à Loguivy de la Mer, un petit port de Bretagne Nord de toute beauté et à forte personnalité,Alain Menguy, le fameux patron du bar des marins « Chez Gaud », avait lancé l’inénarrable« Championnat du Monde des Bateaux à Moteur Pop-Pop de Loguivy de la Mer du Premier Avril ».
Devant le bistro, des bassins pour les prototypes, des gouttières pour les courses de vitesse de monotypes, le tout monté sur des fûts de bière posés sur la chaussée : foule immense, rue bouchée,fièvre des grands jours de régates, descente conséquente de demis de bière, chronométrage et juryde course, tout fut fait dans les règles de l’art. Au point que l’autorisation préalable de course sur le plan d’eau avait été sollicitée auprès des Affaires Maritimes de Paimpol, et que la municipalité de Ploubazlanec offrit, en présence de la presse, une subvention d’un franc, sous la forme d’un chèque immense... Le championnat annuel était lancé, et il existe toujours.
Le comité de course n’a pas toujours la tâche facile : il fut ainsi saisi lors d’une édition par un con-
current qui avait une réclamation d’importance, arguant que, pour la course de vitesse, l’eau était en pente.....
La délibération fut longue au coin du bar avant que la demande ne soit rejetée.
La pop-pop mania est un état d’esprit, mais aussi un réseau d’influences, parfois opaques, orchestré par une sorte de société occulte, qui fut, au fil des années, structurée sous forme pyramidale au sommet de laquelle siège le Dieu du pop-pop (Alain Menguy, patron de bar loguivien), et juste en dessous dans la hiérarchie, le Pape (patron de la droguerie de la Marine à Saint-Malo) et le Druide (Jean-Michel Czyzyszyn, architecte vannetais).
Les régates, courses, et championnats se sont multipliés avec succès, à l’Ile aux Moines, à Saint-Malo, à la Bernerie en Retz,... mais toujours sousl’autorité enviée et avec l’aval chaleureux d’Alain Menguy.
Des professeurs de technologie ont fait plancher leurs élèves sur la fabrication de pop-pops ou la
théorie de l’effet Nukyama du pop-pop (ne me demandez de quoi il s’agit, sinon que c’est là une
forme de « burn-out » !)
La diffusion des pop-pops s’est intensifiée, à partir de la Droguerie de Marine à Saint-Malo, puis de
nombreux détaillants, boutiques, bistros, et revendeurs tels que le Chasse-Marée, ou l’Association
des Propriétaires de Muscadets au salon nautique.
Leur succès s’explique sans doute par cette alliance exceptionnelle entre le nom étonnant, la simplicité apparente de l’objet, et l’aspect mystérieux de son fonctionnement. Un bateau à vapeur comme symbole de modernité ?
A l’ère de l’énergie nucléaire, voici un moteur sans danger, à
l’ère des carburants fossiles, voici un usage de l’eau et de la
bougie, à l’ère de la sophistication technologique, voici un
petit bateau en tôle recyclée, au prix d’achat plus que modeste.
La « pop-pop attitude », c’est ce choix de la simplicité, de
l’humour, de la curiosité. Comme l’affirme le badge émis par
la Droguerie de Marine : « un pop-pop, sinon rien ! ».
Le pop-pop, sa pipette, sa bougie
Alors, si le challenge vous tente, n’hésitez plus, faites-vous connaitre.
En fonction du succès, le club organisera un mini-championnat et les
lauréats seront récompensés en fin de saison.
